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Gestion et sécurité de la pratique
Activités Physiques de Pleine Nature


I) Connaissance du milieu naturel


Les activités de pleine nature demandent plusieurs connaissances indispensables relatives aux milieux dans lesquels elles se déroulent.

La nature est un immense terrain de jeu, mais elle peut devenir un enfer si les pratiquants oublient certaines règles essentielles.

Chaque milieu naturel comprend un risque.
L’eau, les pentes, la neige ou encore le vent sont des éléments changeants.

Il est de la responsabilité de l’accompagnateur ou du responsable de la sortie de s’informer, de repérer, de prendre en compte plusieurs aspects essentiels de ce milieu à un instant « T » :

 

a) Les facteurs climatiques


La prise en compte du climat est un des paramètres permettant de s’équiper de façon adéquate, de choisir le bon matériel, les bonnes adaptations (choix des vêtements, des chaussures, de l’aile, du matériel de ski…).
L’accompagnateur doit être capable de vérifier l’équipement du pratiquant, et au cas où cela serait nécessaire, de le modifier

Prendre en compte les Incidences des températures sur le handicap (gelures non senties, sensibilité au froid accrue chez certaines personnes, difficultés respiratoires).
 
Prise en compte des annonces météo (soleil, vent, humidité).


-Température :

Froid et basses températures

Lors de toute activité de plein air pratiquée par de basses températures, il est essentiel de bien couvrir les personnes que l’on accompagne.
Prendre vêtements et/ou couvertures supplémentaires si nécessaire.
-Moufles et bonnet supplémentaires pour la pratique du ski,
-Chaufferettes, cape de pluie ou imperméable
-Crème de protection pour le visage.
En montagne, le temps peut très vite tourner, et les températures chuter. La pluie en vallée devient neige en altitude. Il est important d’anticiper ces phénomènes en prévoyant des équipements adéquats ou en annulant la sortie.


La température doit aussi conditionner le temps de pratique.
En effet, dans certaines activités comme le fauteuil-ski accompagné, la joëllette ou encore la Pulka, les pratiquants ne sont que très peu actifs. Ils risquent donc de se refroidir beaucoup plus vite que l’accompagnateur (qui pourtant ressent une sensation de chaleur due à l’effort qu’il fournit)… Il convient alors de s’informer régulièrement du ressenti du pratiquant et/ou de vérifier certaines zones sensibles (pieds, bouts de doigt, moignon…)
Marquer des pauses pendant lesquelles on se réchauffera ou écourter le temps de pratique.

Conséquences diverses :

Gelures, hypothermie, difficultés de respiration, refroidissement interne généralisé donnent lieu à de très désagréables sensations…

La thermorégulation des para et tétraplégiques est très altérée. Il n’y a pas de vasoconstriction (mécanisme mis en place pour arrêter un saignement) et surtout pas de contraction musculaire ou de frisson en dessous de sa zone lésionnelle (frisson qui a pourtant pour fonction de réchauffer le corps grâce à ces micro-contractions musculaires).
Il en résulte une très grande sensibilité au froid se traduisant par une baisse de la température centrale, et donc une sensation inconfortable de froid profond.

Aucun cas d'hypothermie grave ou mortelle n'a été décrit à ce jour dans ces conditions, mais il faut rester vigilants, une hypothermie grave peut entraîner des fibrillations cardiaques (troubles du rythme cardiaque) ou un coma. Le risque de gelures (dans le territoire sous la lésion), est moins important que ce que l'on pourrait croire, du fait, justement du manque de vasoconstriction.
L'immobilité due à la paralysie reste un facteur aggravant.


-Vent et humidité

Température réelle/ Température ressentie :

Le vent, avec son redoutable facteur de refroidissement peut faire descendre la température ressentie de plusieurs degrés.
La température ressentie par un skieur lors d’un jour de mauvais temps, avec une température réelle de 5° et un vent fort venant du nord peut tomber jusque -10°.
Protéger la tête (60 % des pertes de chaleur).
L’humidité augmente elle aussi la sensation de froid.
Utiliser des vêtements ou un équipement imperméable et coupe-vent.
Dans l’eau, les sensations de froid peuvent être amplifiées.
La neige et le froid peuvent être des éléments aggravants pour les myopathies, en effet, elles peuvent provoquer des gênes respiratoires et des maladies de type bronchite très dangereuses pour ces personnes.



-Chaleur et hautes températures

Si  une personne handicapée peut se couvrir davantage pour affronter le froid, elle ne pourra pas se découvrir indéfiniment si la chaleur s’accentue.

Il convient alors d’utiliser crèmes solaires, ombrelles, brumisateur… qui permettront de faire baisser la température et la sensation de forte chaleur qui peut parfois être étouffante.


La thermorégulation du tétraplégique est très altérée (pas de sudation ni de vasodilatation en dessous de sa zone lésionnelle (dilatation des vaisseaux sanguins qui a pour effet de faire baisser la pression artérielle.), excepté les mécanismes réflexes très insuffisants.
Il en résulte une très grande sensibilité à la température extérieure se traduisant...) par une augmentation de la température centrale.
Le risque dans le cas de très forte peut être chaleur est gravissime puisqu'il peut entrainer la mort si la température dépasse les 41o C pendant une période prolongée (cf canicule de 2003) .
La chaleur s’accompagne bien souvent du soleil.
Eviter de pratiquer quand le soleil est au plus haut
Le maître mot est HYDRATATION. L’accompagnateur doit prendre l’eau pour les deux personnes si celles-ci pratiquent en fauteuil.

Conséquences diverses :

-Insolation, maux de tête,
-Vertiges, troubles visuels.
-Thermorégulation altérée chez les para-tétras,
-Vertiges, augmentation de la comitialité chez certaines personnes.
-Augmentation de la sudation…



b).Etre capable de prendre en compte la topographie pour adapter une sortie


-Le relief :

Evaluer le dénivelé.
Le pourcentage de pente, la rapidité du courant, la configuration d’un plan d’eau.
Les montées indésirables (FTT, fauteuil-ski).
Pour cela, il est essentiel, dans un premier temps de lire les topos guides, mais aussi de se rendre sur site afin de mieux évaluer et vérifier que cela correspond toujours aux informations données.
Se donner des repères (ex : rando joëllette de moyenne difficulté : 200 m de dénivelé positif  en 1h sur une pente inférieure à 10°.
Evaluer le temps de la sortie en fonction des différentes pratiques et de la connaissance que l’on a des personnes que l’on accompagne.


-Les changements naturels :

Certains éléments sont changeants, par ex :
-morceau de rocher tombé d’une voie d’escalade,
-partie d’un sentier affaissée  n’offrant plus la largueur nécessaire au passage d’un FTT,
-Hauteur d’eau changeante selon la saison en rivière ou en mer,
-pistes de ski  impraticables en fin de saison ou après une nuit très froide et ventée.
-Chute d’arbres sur un chemin de randonnée

Il est important de garder en tête que chaque sortie est différente même si elle se fait sur le même site. La nature est vivante.



-L’altitude :
(Voir l'étude faite en 1993, avec un sujet tétraplégique, par les professeurs Geyssant (Physiologie et Physiopathologie de l'Exercice et Handicap) et Minaire du CHU de St Etienne)
Pour les personnes para et tétraplégiques, les risques sont associés à la diminution de la capacité respiratoire et à la déficience des muscles thoraciques.
L'altitude pourra donc générer une plus grande vulnérabilité aux problèmes respiratoires causés par l' hypoxie (œdèmes pulmonaires).
L'acclimatation va aller de pair avec une progressive diminution de la fluidité du sang. On sera alors doublement vigilant en terme de prévention d'escarres, la peau devenant plus sensible.
La prévention se fera, comme pour les valides, par des tests de comportement à l'altitude et par une bonne acclimatation préalable.
Sur place, les montées seront progressives, en dent de scie, et sans trop d'efforts.



2).Incidences de la pratique sportive sur le handicap.



Les APPN procurent bon nombre de bienfaits, elles permettent notamment de s’évader, de se ressourcer au grand air, d’observer la nature, de pratiquer en groupes mixtes…
Mais elles comportent aussi plusieurs risques qu’il faut tenter de diminuer au maximum.

Installation dans les fauteuils de sport :
Transfert en sécurité pour le pratiquant, mais aussi pour l’accompagnateur.
 Il conviendra pour cela de bien stabiliser le fauteuil de sport, de vérifier l’espace dans lequel le transfert va être exécuté, et de solliciter ses jambes plutôt que son dos.

Veiller à une bonne installation dans le matériel. S’assoir bien au fond, utiliser les différents réglages disponibles. Si besoin, adapter des mousses de calage, des scratchs ou sangles supplémentaires.
Attention aux bourrages de vêtements ou à d’éventuels objets restés dans une poche (risques d’escarres).

Les chocs répétés (claquements des vagues, chutes en escalades, pistes forestières difficiles) ainsi que les vibrations peuvent provoquer des réactions non souhaitées (renforcement de la spasticité, pic chez les SEP, douleurs dorsales…).

Attention aux chutes, surtout sur les épaules des personnes en fauteuil.
En effet, il faut garder en tête que ces personnes ont besoin de leurs deux bras pour pouvoir être autonomes dans leurs déplacements, faire leurs transferts…
Une fracture de la clavicule peut venir diminuer momentanément ou même définitivement le degré d’autonomie de la personne qui utilise le fauteuil dans sa vie quotidienne.

L’entretien du moignon doit être fait avec attention lorsqu’une personne amputée pratique des activités aquatiques.

Il faut être prudent dans certaines pratiques où l’on se sent vite en confiance.
L’accompagnateur doit être capable d’évaluer la progression du pratiquant pour ne pas risquer l’accident.





3).Incidences du handicap sur la pratique sportive.


De nombreux handicaps nécessitent plusieurs attentions et/ou adaptations particulières pour pratiquer un sport de pleine nature.
C’est la connaissance des handicaps et la discussion avec le pratiquant, qui doivent permettre d’anticiper et d’adapter la séance sportive.
Il s’agit de pouvoir répondre au mieux aux spécificités d’une personne pour qu’elle puisse pratiquer de façon :

Confortable :
Utiliser des calages en mousse, des housses de protection pour le froid, un coussin anti-escarre supplémentaire…afin que le pratiquant se sente à son aise.
Plusieurs types de handicaps provoquent des rétractions musculaires, des déformations des membres…Ne pas chercher à redresser une personne, à tordre une courbure, cela peut avoir de graves conséquences.

Efficace :
Régler le matériel en fonction du poids, de la taille, du niveau de la personne.
Proposer plusieurs positions lorsque celles-ci sont possibles (trois positions sur la joëlette par ex).
Adapter si nécessaire : rajout de scratchs, de sangles, de butée, etc.
Mettre en place les sangles abdominales ou pectorales pour un bon maintien des personnes n’ayant plus d’abdominaux.

Sereine :
L’accompagnateur doit être capable de mettre en confiance le pratiquant.
Il doit montrer qu’il connaît et maîtrise le matériel qu’il utilise ou fait utiliser (rien de plus inquiétant que de se dire que l’on va partir faire sa première rando-joëlette avec une personne qui ne sait même pas la monter, qui se trompe, commence à paniquer).

Anticiper le déroulement de la sortie, c’est aussi prévoir les moments intimes.
Les troubles sphinctériens sont à prendre en compte, les sondages doivent se faire dans de bonnes conditions d’hygiène, ce qui n’est pas toujours évident lors de pratiques dans la nature.
Le milieu naturel par définition ne comporte pas toujours de toilettes (accessibles ou non) ni d’abris en cas de mauvais temps.
Lorsqu’il en existe, il est important de les repérer à l’avance.

Prévoir une personne du même sexe pour l’accompagnement aux toilettes, surtout si le/la pratiquant est un/une enfant.

4).Etre capable d’adapter son matériel


La majeure partie du matériel handisport commercialisé est fabriqué en série.
Il existe des tailles et hauteurs de coques différentes dans le milieu du ski (coques réutilisées pour le wake/ Kite) des FTT spécifiques aux personnes tétraplégiques etc, mais ils ne permettent pas, d’origine, de répondre à toutes les demandes et spécificités des pratiquants (il existe cela dit des professionnels qui pratiquent le moulage pour fabriquer coques et certaines autres parties des engins).

Adapter sans dénaturer ni fragiliser.
Il faut adapter ce matériel le dénaturer. Il n’existe pas de mode d’emploi, mais c’est en réfléchissant au handicap, à ses effets sur la motricité, à l’activité, ou encore aux astuces rapportées par un collègue que l’on parvient à adapter au mieux le matériel.
Même en l’adaptant, celui-ci doit toujours répondre à des règles de sécurité (ne pas percer les fauteuils dans des points sensibles, lorsqu’on rajoute une partie, une cale… celle-ci ne doit pas blesser le pratiquant lors d’une éventuelle chute (attention aux vis qui sortent, aux angles, préférez des plastiques mous à durs…).


5).Etre capable d’adapter son itinéraire et son temps de pratique.


Le niveau de pratique, le climat, et le handicap lui-même vont conditionner le choix de l’itinéraire/ de la voie/  des pistes…
Chez les personnes handicapées comme chez les valides, les personnes débutantes autonomes ne peuvent pas pratiquer trop longtemps (les SEP, mal marchants, maladies articulaires…) : Fatigabilité accrue, risque de blessures dues à la fatigue, risque de forcer sur un membre fragile…
Il s’agit donc d’aller progressivement (commencer par des pistes/voies/ sentiers faciles, sur des temps de pratique réduits).



6).Etre capable d’anticiper sur d’éventuels problèmes.


Malgré toutes les précautions prises, il peut toujours y avoir des soucis :

-Techniques (casse, crevaison…).
Prendre des pièces de rechange, trousse à outils, bombes anti crevaison.

-médicaux (blessures du pratiquant ou de l’accompagnateur, crise d’épilepsie, vertiges, maux divers).
Prendre trousse de premiers soins (compresses, désinfectants, sparadrap, strapping …)  , Informer de son itinéraire/site, n° des secours (PGHM, 112, pisteurs secouristes).